- L’Ituri fait face à une dégradation croissante de son environnement, marquée par la déforestation, la pollution des eaux, la dégradation des sols et la perte de biodiversité.
- L’exploitation minière artisanale demeure l’un des principaux moteurs de destruction de l’environnement en Ituri, avec des impacts sur les forêts, les ressources en eau et les sols.
- L’absence de programmes de reboisement à grande échelle (REDD+) accentue les effets du changement climatique, notamment la sécheresse observée dans les territoires d’Aru, Mahagi ainsi que sur le littoral du lac Albert.
- Les territoires de Mambasa, Irumu et Djugu figurent parmi les zones les plus touchées par la destruction des forêts, principalement à cause de l’exploitation minière artisanale par la coopérative congolaise financées par des investisseurs chinois, de la coupe illégale du bois, de l’agriculture extensive et de l’insécurité.
- Les écosystèmes aquatiques, notamment le lac Albert, les rivières Ituri et Shari, sont menacés par la surpêche, l’utilisation d’engins prohibés et la pollution liée aux activités minières artisanales.
- Le non-respect des zones de frai du lac Albert, considérées comme les maternités des ressources halieutiques, par les activités de pêche artisanale illicite constitue une menace majeure pour le renouvellement des stocks de poissons et la durabilité des ressources aquatiques ;
- La forte pression exercée sur le lac Albert a considérablement réduit la diversité des poissons, passant d’environ 61 espèces à seulement 11 espèces dominantes, menaçant ainsi l’équilibre écologique et les moyens de subsistance des communautés riveraines.
- Le lac Albert, qui abritait autrefois près de 61 espèces de poissons, ne compterait aujourd’hui qu’environ 11 espèces dominantes en raison de la forte pression exercée sur ses ressources, menaçant ainsi l’équilibre écologique du lac et les moyens de subsistance des communautés riveraines.
- Le pétrole du lac Albert peut être une opportunité, mais sans transparence, sans consultation des communautés et sans protection de l’environnement, il devient une menace, alertent les populations riveraines du lac Albert.
- La mauvaise gestion des déchets, particulièrement les plastiques, contribue à la pollution des cours d’eau et à la dégradation du cadre de vie.
- Plusieurs efforts ont été entrepris par la mairie de la ville de Bunia entraver le gouvernement provincial pour améliorer la gestion des déchets et renforcer l’assainissement urbain. Ces efforts ont permis d’améliorer la propreté de la ville de Bunia, même si des défis d’assainissement subsistent. Les autres territoires gagneraient également à s’inspirer de ces bonnes pratiques afin d’améliorer la gestion des déchets, de lutter contre l’insalubrité et de promouvoir un cadre de vie plus sain pour les populations.
- Le braconnage et le commerce illégal de viande de brousse continuent de menacer la faune sauvage et la biodiversité de la province.
- Tout projet susceptible d’avoir un impact sur l’environnement doit être précédé d’une Étude d’Impact Environnemental et Social (EIES) et d’un Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES), conformément à la législation congolaise
- L’insuffisance des moyens techniques et logistiques limite la mobilité des agents de la Coordination provinciale de l’Environnement, compromettant ainsi l’efficacité des missions de contrôle, de suivi et de surveillance environnementale sur l’ensemble du territoire provincial
- La protection de l’environnement en Ituri nécessite une action concertée entre les autorités publiques, les communautés locales, les entreprises, les organisations de la société civile et les partenaires techniques.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement (JME) 2026, célébrée sous le thème de la protection des écosystèmes et de la lutte contre les dégradations environnementales, la Coordination provinciale de l’Environnement de l’Ituri appelle à une action concertée de tous les acteurs afin de préserver les ressources naturelles de la province. Déforestation, pollution des eaux, dégradation des sols, exploitation minière artisanale incontrôlée et mauvaise gestion des déchets figurent parmi les principales menaces qui pèsent aujourd’hui sur l’environnement en Province de l’ituri.
À cette occasion, le média environnemental Action Preserve a dressé un état des lieux des principaux paramètres environnementaux de la province, notamment l’état des écosystèmes forestiers, halieutiques, de la faune sauvage, des sols et de la gestion des déchets.
Une déforestation inquiétante dans plusieurs territoires
Les écosystèmes forestiers de l’Ituri subissent une dégradation croissante, particulièrement dans les territoires de Mambasa, d’Irumu (Boga-Tchabi) et de Djugu, notamment dans la forêt de Kilo. L’expansion des cultures de cacao sans ombrage, l’exploitation minière, la coupe illégale de bois ainsi que l’insécurité liée à la présence de groupes armés contribuent fortement à la destruction des forêts et limitent les activités de contrôle forestier.
Dans la forêt de Kilo, l’exploitation anarchique du bois se poursuit dans un contexte sécuritaire difficile, compromettant la traçabilité des produits forestiers et l’application de la réglementation. Par ailleurs, l’absence d’un programme REDD+ d’envergure limite les efforts de restauration des forêts dégradées. Les quelques initiatives soutenues par le Fonds Forestier National (FFN) dans les territoires de Mambasa, Irumu et Djugu restent insuffisantes face à l’ampleur des défis.
Contrairement à plusieurs autres provinces forestières de la République démocratique du Congo, l’Ituri ne dispose actuellement d’aucune concession forestière industrielle en activité. Par le passé, la société ENRA (Enzymes Raffiners Association) exploitait plusieurs concessions forestières à Mambasa conformément à un plan d’aménagement forestier approuvé. La cessation de ses activités et le retrait de ses concessions ont laissé un vide dans le secteur forestier provincial. Bien que l’exploitation forestière industrielle puisse également engendrer des impacts environnementaux, elle demeure généralement mieux encadrée grâce à des plans d’aménagement, des mécanismes de contrôle et des obligations de gestion durable des ressources forestières. En l’absence de telles structures, le risque de voir se développer des exploitations informelles et non contrôlées augmente, compromettant davantage la conservation des forêts de l’Ituri.
Le reboisement, une urgence face à la sécheresse
Les besoins en reboisement deviennent de plus en plus pressants dans plusieurs zones de la province. À Kasenyi, Tchomia et dans d’autres villages riverains du lac Albert, les effets de la sécheresse se font de plus en plus ressentir. Depuis la clôture du projet LEAF II, dont l’une des principales composantes était le reboisement, aucune initiative majeure de reboisement n’a été mise en œuvre dans cette région. Cette absence d’actions de restauration forestière contribue à accentuer la vulnérabilité des communautés locales face aux effets du changement climatique, notamment la baisse des précipitations, la dégradation des sols et la raréfaction des ressources en eau.
Dans les territoires d’Aru et de Mahagi, les populations subissent également les conséquences du changement climatique. À Aru, plusieurs groupements, notamment Kumuru, Adumi, Drisso, Inzi et Rumu, sont confrontés à une sécheresse sévère. Dans la chefferie de Kakwa, les puits se tarissent, compliquant l’accès à l’eau potable et affectant gravement l’agriculture ainsi que l’élevage. Cette situation est aggravée par la position géographique d’Aru, située à proximité du Soudan du Sud et dans une zone de transition climatique influencée par les conditions plus sèches de l’Afrique de l’Est. La diminution des précipitations, combinée à la déforestation et aux effets du changement climatique, accentue la vulnérabilité des populations du territoire d’Aru face aux épisodes récurrents de sécheresse.
À Mahagi, l’aggravation des effets du réchauffement climatique du lac Albert menace également les sols, la biodiversité et les moyens de subsistance des populations. L’irrégularité des saisons agricoles, la dégradation des terres et la pression croissante sur les ressources naturelles constituent aujourd’hui des défis majeurs pour les communautés locales.
Les écosystèmes aquatiques menacés par la surexploitation et la pollution minière
L’état des écosystèmes aquatiques de l’Ituri révèle de nombreuses faiblesses dans la gestion durable des ressources halieutiques, particulièrement au niveau du lac Albert. La surpêche, l’utilisation d’engins de pêche prohibés, l’exploitation des zones de frai ainsi que le non-respect de certaines mesures de conservation continuent de menacer les stocks de poissons et la biodiversité aquatique. Face à cette situation, les acteurs du secteur plaident pour l’adoption et l’application effective d’une politique intégrée de gestion durable du lac Albert.
Par ailleurs, les rivières Ituri, Shari et plusieurs de leurs affluents subissent une pollution croissante liée aux activités minières artisanales pratiquées en amont comme en aval des cours d’eau. Dans certaines zones du territoire de Djugu et Mambasa, ces cours d’eau, qui servent souvent de limites administratives entre différentes entités, voient leurs lits se modifier sous l’effet de la dégradation environnementale, alimentant parfois des conflits liés aux limites territoriales.
Cette situation affecte directement les communautés riveraines qui dépendent de ces écosystèmes pour leur approvisionnement en eau, la pêche, l’agriculture et d’autres moyens de subsistance. La protection des bassins versants et le renforcement du contrôle des activités minières apparaissent ainsi comme des priorités pour préserver les ressources en eau et la stabilité socio-économique des populations locales.
La mise en place par la Coordination provinciale de l’Environnement d’équipements permettant le suivi de la qualité de l’eau, du pH et de la conductivité du lac Albert, l’insuffisance des moyens techniques, logistiques et financiers limite la mobilité des agents sur le terrain, compromettant ainsi l’efficacité des missions de contrôle, de suivi et de surveillance environnementale à travers la province.
La gestion des déchets reste un autre défi majeur. À Bunia, les déchets plastiques sont régulièrement déversés dans les rivières Ngezi, Nyamukau et plusieurs autres cours d’eau de la province. Cette pollution contribue à l’obstruction des lits des rivières, à la dégradation de la qualité de l’eau et à la destruction des habitats aquatiques.
La gestion des déchets demeure un défi environnemental majeur en Ituri. À Bunia et dans plusieurs territoires de la province, les déchets plastiques sont fréquemment déversés dans les rivières Ngezi, Nyamukau et d’autres cours d’eau, contribuant à la pollution de l’eau, à la destruction des habitats aquatiques et à l’obstruction des caniveaux.
L’absence d’un système efficace de collecte, de tri et de recyclage favorise l’accumulation des déchets dans l’environnement, augmentant les risques d’inondations et de maladies.
Les inquiétudes liées à l’exploitation pétrolière du lac Albert
Les communautés riveraines du lac Albert expriment également leurs préoccupations face à l’exploitation pétrolière du lac Albert menée dans la partie ougandaise. Elles craignent que les risques de pollution associés à cette activité ne compromettent l’équilibre écologique de cet écosystème partagé entre les deux pays.
« Le pétrole du lac Albert peut être une opportunité, mais sans transparence, sans consultation des communautés et sans protection de l’environnement, il devient une menace », affirme un habitant de Kasenyi.
Selon plusieurs observateurs, une éventuelle pollution pétrolière pourrait affecter durablement la biodiversité aquatique, les oiseaux migrateurs et les ressources halieutiques dont dépendent des milliers de familles.
Braconnage et commerce illégal de viande de brousse
La faune sauvage de l’Ituri reste fortement menacée par le braconnage. Malgré l’existence d’un cadre légal régissant la conservation de la faune, le commerce clandestin de viande de brousse demeure très actif dans plusieurs territoires de la province ainsi qu’à Bunia.
Les trafiquants adaptent désormais leurs méthodes en utilisant les téléphones portables pour prendre les commandes avant de livrer directement les clients. Cette pratique constitue non seulement une menace pour la biodiversité, mais également un risque sanitaire majeur dans un contexte marqué par l’épidémie d’Ebola, une maladie zoonotique.
Une action collective pour protéger l’avenir
Pour les autorités environnementales, la dégradation de l’environnement en Ituri est étroitement liée à l’exploitation minière artisanale incontrôlée, qui contribue à la destruction des forêts, à la pollution des eaux et à la dégradation des sols par la présence de substances toxiques telles que le mercure, cyanure, et autres.
« L’exploitation minière est aujourd’hui l’un des principaux moteurs de destruction de l’environnement en Ituri. Une action concertée entre tous les acteurs est indispensable pour réduire ces risques et léguer un environnement sain aux générations futures », souligne le chef du Bureau Inventaire et Aménagement Forestier de la Coordination provinciale de l’Environnement.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement 2026, cet état des lieux rappelle l’urgence d’agir pour préserver les ressources naturelles de l’Ituri. Conformément à la réglementation environnementale en vigueur en République démocratique du Congo, tout promoteur de projet minier, forestier ou de toute autre activité susceptible d’avoir un impact sur l’environnement est tenu de réaliser préalablement une Étude d’Impact Environnemental et Social (EIES), accompagnée d’un Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES). Ces etudes doivent être soumis à l’Agence Congolaise de l’Environnement (ACE) pour validation et délivrance d’un certificat environnemental avant le démarrage des activités.
La protection de l’environnement en Ituri ne peut toutefois être assurée par les seules mesures réglementaires. Elle nécessite une collaboration étroite entre les autorités publiques, les communautés locales, les organisations de la société civile, le secteur privé et les partenaires techniques et financiers. Préserver les forêts, protéger les ressources en eau, restaurer les terres dégradées, promouvoir le reboisement et encourager une exploitation responsable des ressources naturelles constituent aujourd’hui des priorités essentielles pour garantir un développement durable et résilient de la province.




