Alors que l’Ituri fait face à la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola, certaines croyances continuent de circuler au sein des communautés. Parmi elles, l’idée selon laquelle la plante Tithonia diversifolia, connue localement sous le nom de « Nyanyakpa » ou « Mayani ya Mushungu », pourrait prévenir ou guérir Ebola.
Pourtant, les données scientifiques disponibles à ce jour montrent non seulement que cette plante n’a jamais démontré une quelconque efficacité contre le virus Ebola, mais qu’une utilisation inappropriée pourrait également présenter des risques pour la santé humaine.
Une plante populaire mais sans preuve contre Ebola
Dans plusieurs localités de l’Ituri, notamment à Mongbwalu, Rwampara et Bunia, des habitants affirment consommer régulièrement des décoctions ou des extraits de Tithonia diversifolia dans l’espoir de se protéger contre Ebola.
Cependant, aucune étude clinique réalisée dans le monde n’a démontré que cette plante est capable de prévenir l’infection par le virus Ebola, d’empêcher sa transmission ou de guérir les personnes malades.
Les chercheurs rappellent que les témoignages individuels ne constituent pas des preuves scientifiques. Une personne peut boire une plante et ne pas tomber malade sans que cela signifie que la plante possède une action contre le virus.
Ce que révèle réellement la science
Contrairement aux rumeurs qui circulent dans certaines communautés, plusieurs travaux scientifiques se sont davantage intéressés à la toxicité potentielle de Tithonia diversifolia qu’à ses effets contre Ebola.
Une étude menée par le Dr Olufunmilayo Elufioye et ses collaborateurs a montré que certains extraits de cette plante peuvent provoquer des effets toxiques sur le foie et les reins lorsqu’ils sont consommés à certaines doses ou pendant une longue période.
Les chercheurs ont observé des modifications biologiques et histologiques pouvant affecter le fonctionnement normal de ces organes essentiels à l’élimination des déchets et à la détoxification de l’organisme.
Or, chez une personne déjà affaiblie par Ebola, dont l’organisme lutte contre une infection sévère, toute atteinte supplémentaire du foie ou des reins peut aggraver considérablement l’état de santé.
Un danger silencieux : l’automédication
Pour les spécialistes de santé publique, le plus grand risque ne réside pas seulement dans la consommation de la plante elle-même, mais dans le retard de prise en charge médicale qu’elle peut provoquer.
Lorsqu’une personne développe de la fièvre, des vomissements, une fatigue intense ou d’autres symptômes compatibles avec Ebola et choisit de rester à domicile pour consommer des remèdes traditionnels, elle perd un temps précieux pour bénéficier des soins médicaux adaptés.
Pendant ce délai, son état peut s’aggraver et le risque de transmission du virus à ses proches augmente considérablement.
Les experts rappellent que les chances de survie sont plus élevées lorsque les patients sont pris en charge rapidement dans les structures de santé spécialisées.
Pourquoi certaines personnes continuent-elles d’y croire ?
Selon plusieurs spécialistes des sciences sociales, la popularité de ces remèdes repose souvent sur plusieurs facteurs :
- La peur de la maladie ;
- Le manque d’informations fiables ;
- Les croyances culturelles ;
- L’influence de certains leaders communautaires ou religieux ;
- La méfiance envers les institutions sanitaires.
Dans les périodes d’épidémie, les communautés cherchent naturellement des solutions accessibles et rapides. Cependant, toutes les solutions proposées ne sont pas forcément efficaces ou sans danger.
Une plante utile, mais pas contre Ebola
Les chercheurs précisent que Tithonia diversifolia possède certaines applications reconnues dans l’agriculture et l’environnement.
Grâce à sa richesse en éléments nutritifs, elle est utilisée dans plusieurs pays africains comme engrais vert, pour améliorer la fertilité des sols, lutter contre l’érosion et soutenir certaines pratiques agroécologiques.
Mais ses propriétés agricoles ne constituent en aucun cas une preuve d’efficacité médicale contre Ebola.
Confondre usage agronomique et usage thérapeutique peut conduire à des conclusions dangereuses pour la santé publique.
Faire confiance à la médecine pour sauver des vies
Depuis le début de l’épidémie en Ituri, plusieurs patients ont déjà été déclarés guéris grâce à une prise en charge précoce dans les structures sanitaires.
Ces résultats démontrent que les soins médicaux, le suivi clinique et le respect des recommandations des autorités sanitaires restent les moyens les plus sûrs pour lutter contre Ebola.
Les professionnels de santé invitent donc les communautés à se méfier des informations non vérifiées qui circulent sur les réseaux sociaux, dans certaines églises ou par le bouche-à-oreille.
Face à Ebola, aucune plante n’a jusqu’à présent démontré sa capacité à guérir la maladie. En revanche, retarder la consultation médicale ou consommer des substances potentiellement toxiques peut mettre la vie des patients en danger.
La lutte contre Ebola passe aussi par la lutte contre la désinformation
Pour les experts, combattre Ebola ne consiste pas uniquement à traiter les malades. Il faut également lutter contre les fausses informations qui alimentent la méfiance et favorisent des comportements à risque.
La sensibilisation communautaire, l’éducation sanitaire et la diffusion d’informations fondées sur des preuves scientifiques demeurent des outils essentiels pour protéger les populations.
Dans le contexte actuel de l’épidémie en Ituri, les professionnels de santé rappellent un message simple mais crucial : en cas de symptômes suspects, consultez immédiatement un centre de santé. Une prise en charge précoce peut sauver des vies ; une fausse croyance peut les mettre en danger.




