La province de l’Ituri pourrait faire face dans les prochains mois à une crise alimentaire préoccupante. En cause : une sécheresse persistante observée entre le mois de mars et la mi-juin 2026, qui a gravement affecté les activités agricoles dans plusieurs zones rurales de la province.

L’alerte a été lancée ce mercredi 17 juin par l’Union pour les Projets de Développement Rural (UPDR), qui s’inquiète des conséquences de la faible pluviométrie sur la saison culturale A et sur les moyens de subsistance des ménages agricoles.

« Nous perdons les semences, nous perdons notre énergie et les ressources investies dans les activités agricoles. Si cette situation persiste, demain il n’y aura ni semences ni nourriture pour les ménages », prévient le chef des projets de l’UPDR.

Des champs dévastés par le manque de pluie

Dans plusieurs territoires de l’Ituri, les agriculteurs assistent impuissants à la détérioration de leurs cultures. Le déficit pluviométrique enregistré depuis plusieurs mois a empêché le développement normal des plantations, entraînant le flétrissement des cultures et réduisant considérablement les perspectives de récolte.

Maïs, haricots, arachides, manioc et autres cultures vivrières figurent parmi les productions les plus touchées. Pour de nombreux ménages ruraux, ces pertes représentent non seulement un manque à gagner économique, mais également une menace directe pour leur sécurité alimentaire.

Les premières conséquences se font déjà sentir dans certaines communautés où les réserves alimentaires diminuent progressivement alors que les prix des denrées connaissent une hausse sur les marchés locaux.

Une menace grandissante pour la sécurité alimentaire

Pour l’UPDR, la situation actuelle pourrait rapidement évoluer vers une crise alimentaire si aucune mesure d’accompagnement n’est mise en place.

L’agriculture demeure la principale source de revenus et d’alimentation pour la majorité de la population de l’Ituri. Lorsque les récoltes échouent, les ménages perdent non seulement leur nourriture, mais également les semences nécessaires à la prochaine campagne agricole.

Cette situation risque d’entraîner un cercle vicieux : baisse de production, augmentation des prix alimentaires, aggravation de la pauvreté et multiplication des cas de malnutrition, notamment chez les enfants et les personnes les plus vulnérables.

Changement climatique et déforestation : un double défi

Selon l’UPDR, les changements climatiques constituent aujourd’hui l’un des principaux facteurs à l’origine de la perturbation des saisons agricoles.

Les épisodes de sécheresse deviennent plus fréquents, les pluies plus irrégulières et les températures plus élevées, rendant les activités agricoles de plus en plus imprévisibles.

À cela s’ajoute la déforestation qui continue de fragiliser les écosystèmes de la province. La disparition progressive du couvert forestier réduit la capacité des sols à retenir l’eau, perturbe le cycle des pluies et accélère la dégradation des terres agricoles.

« La saison agricole A devient particulièrement difficile. Les pluies sont insuffisantes pour soutenir les cultures et les agriculteurs voient leurs efforts anéantis. Nous devons nous adapter à cette nouvelle réalité climatique », explique le responsable de l’UPDR.

Renforcer la résilience des communautés rurales

Face à cette situation, l’UPDR appelle les autorités provinciales, le gouvernement central, les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations de développement à soutenir davantage les producteurs agricoles.

L’organisation plaide notamment pour :

  • l’appui aux groupements agricoles affectés ;
  • la distribution de semences adaptées aux conditions climatiques ;
  • la promotion de techniques agricoles résilientes au changement climatique ;
  • le développement de systèmes de collecte et de conservation des eaux de pluie ;
  • le renforcement des mécanismes d’alerte précoce face aux risques climatiques.

Le reboisement comme solution durable

Au-delà de l’assistance immédiate, l’UPDR insiste sur l’importance d’investir dans la restauration des écosystèmes et la protection de l’environnement.

Le reboisement, l’agroforesterie et la conservation des forêts apparaissent aujourd’hui comme des solutions essentielles pour restaurer la fertilité des sols, améliorer la disponibilité de l’eau et atténuer les effets des changements climatiques sur l’agriculture.

« Les changements climatiques concernent tout le monde. Personne n’est épargné. La préservation de l’environnement et le reboisement doivent devenir une responsabilité collective », souligne le chef des projets de l’UPDR.

Un avertissement pour l’avenir

Alors que la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse rappelle l’urgence d’agir face aux défis climatiques, la situation observée en Ituri illustre la vulnérabilité croissante des communautés rurales.

Pour l’UPDR, l’heure est à l’action. Sans mesures adaptées pour soutenir les agriculteurs, restaurer les paysages dégradés et renforcer la résilience climatique, la province pourrait voir s’aggraver l’insécurité alimentaire et la pauvreté dans les années à venir.

Par : JOEL HERI BUDJO