Les habitants riverains de la rivière Ngezi, dans le quartier Bigo en commune Shari, tirent la sonnette d’alarme face à un risque croissant d’inondation qui menace plusieurs ménages. En cause : la modification présumée du lit naturel de la rivière par un particulier à l’aide d’une excavatrice, une situation qui suscite inquiétudes et interrogations au sein de la communauté.

Les avenues Centre de Santé, Nsele 2, Bigo 3 et Nsele 3 figurent parmi les zones les plus exposées. Les habitants redoutent qu’en cas de fortes pluies, les eaux débordent de leur nouveau tracé et envahissent les habitations situées à proximité.

« Nous sommes des mamans et nous avons des enfants. S’il y a une inondation, où irons-nous avec nos familles ? Cette situation doit être arrêtée avant qu’il ne soit trop tard », témoignent plusieurs riverains rencontrés sur place.

Une intervention humaine aux conséquences imprévisibles

Selon plusieurs sources locales, le lit naturel de la rivière aurait été dévié au moyen d’engins lourds sans qu’une étude d’impact environnemental ne soit connue du public. Une telle intervention sur un cours d’eau peut modifier durablement l’équilibre hydraulique de la zone et engendrer des conséquences parfois irréversibles.

Contacté à ce sujet, le chef du quartier Bigo, Samuel Tikamanyire Bataga, confirme les inquiétudes exprimées par la population et appelle les autorités compétentes à intervenir rapidement afin d’évaluer la situation et prévenir d’éventuelles catastrophes.

Selon lui, cette modification du tracé de la rivière Ngezi aurait également affecté la limite naturelle séparant les communes de Shari et Mbunya, soulevant ainsi des questions administratives et foncières qui méritent une attention particulière.

Des risques élevés d’inondation et d’érosion

Pour les experts en environnement, la modification artificielle du cours d’une rivière peut accroître considérablement les risques d’inondation. Lors des épisodes de fortes pluies, les eaux cherchent naturellement à retrouver leur ancien lit ou à emprunter les zones les plus basses, provoquant parfois des débordements soudains.

La situation devient encore plus préoccupante avec la présence de nouvelles constructions érigées à proximité immédiate de la rivière. Ces habitations se trouvent potentiellement dans une zone inondable où les risques de dégâts matériels, voire de pertes en vies humaines, sont élevés.

Outre les inondations, la déviation du cours de la rivière pourrait provoquer une accélération de l’érosion des berges. À long terme, cela pourrait fragiliser les fondations des maisons voisines, entraîner des glissements de terrain localisés et dégrader davantage les infrastructures environnantes.

Un impact potentiel sur les écosystèmes aquatiques

Au-delà des risques pour les populations, les modifications du lit de la rivière peuvent également affecter les écosystèmes locaux. Les cours d’eau jouent un rôle essentiel dans le maintien de la biodiversité, la recharge des nappes phréatiques et la régulation naturelle des eaux de pluie.

Le changement du tracé de la rivière peut perturber les habitats de plusieurs espèces aquatiques, modifier la qualité de l’eau et réduire la capacité naturelle de la rivière à absorber les crues.

Les spécialistes rappellent que les zones riveraines constituent également des espaces importants pour la filtration des polluants et la protection contre l’érosion. Leur dégradation accroît la vulnérabilité des communautés face aux effets du changement climatique.

Un appel à l’intervention des autorités

Face à cette situation, les habitants demandent une intervention urgente des autorités urbaines, des services de l’environnement (Coordination et ACE), de l’urbanisme (et Gupec) et de la protection civile afin d’établir les responsabilités et d’évaluer les risques encourus par la population.

Pour Action Preserve, cette situation met en évidence la nécessité de renforcer le respect des normes environnementales et urbanistiques dans les zones sensibles. Toute modification d’un cours d’eau devrait être précédée d’une étude d’impact environnemental et social (EIES) rigoureuse afin d’éviter des conséquences potentiellement dramatiques pour les populations et les écosystèmes.

Alors que les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent de plus en plus fréquents sous l’effet du changement climatique à Bunia, la protection des rivières et des zones humides apparaît aujourd’hui comme une priorité essentielle pour réduire les risques de catastrophes et préserver la sécurité des communautés riveraines.