La maladie à virus Ebola demeure l’une des épidémies les plus meurtrières ayant frappé la République démocratique du Congo , qui a connu plusieurs flambées depuis 1976. Le 15 mai 2026, le gouvernement congolais, à travers le ministère de la Santé publique, a officiellement déclaré la 17ᵉ épidémie d’Ebola dans la province de l’Ituri, touchant principalement les zones de santé de Rwampara, Mongbwalu et Bunia. Les analyses de l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB) ont confirmé la présence de la souche Ebola Bundibugyo, une variante rare du virus pour laquelle aucun vaccin ni traitement homologué n’est actuellement disponible.
Face à cette crise, la peur, l’incertitude et la méfiance envers certaines interventions médicales modernes ont favorisé le recours aux médicaments phytothérapeutiques et aux remèdes traditionnels dans plusieurs communautés affectées de l’Ituri. À Mongbwalu, considéré comme l’un des épicentres de l’épidémie, certaines populations attribuent à plusieurs espèces végétales des propriétés capables de prévenir ou de guérir la maladie à virus Ebola. Parmi les plantes les plus citées figurent Tithonia diversifolia (Hemsl.) A. Gray, appartenant à la famille des Asteraceae, Duranta erecta L., de la famille des Verbenaceae, ainsi que Cannabis sativa L., appartenant à la famille des Cannabaceae. Ces espèces sont largement utilisées dans certaines pratiques traditionnelles locales malgré l’absence de preuves scientifiques démontrant leur efficacité contre le virus Ebola.

Cette croyance est également observée à Rwampara et dans certains coins de la province de l’Ituri. Lors d’un entretien réalisé par le média environnemental Action Preserve, l’un des habitants de Shari (village proche de Rwampara, épicentre de l’épidémie) a déclaré :
« Je bois chaque matin, midi et soir un verre de « Nyanyakpa » en langue Badhá, ou « Mayani ya Mushungu » en swahili, nom donné localement à la plante Tithonia diversifolia, pour lutter contre Ebola. Cette plante est très efficace pour guérir Ebola. C’est notre pasteur qui nous a montré cela à l’église, car les médicaments de l’hôpital ne guérissent pas Ebola. Même mes enfants en prennent régulièrement. »
Ce témoignage illustre la forte confiance accordée à certains remèdes traditionnels au sein des communautés locales, ainsi que l’influence de certains leaders religieux dans la diffusion de pratiques thérapeutiques non validées scientifiquement. Cependant, aucune donnée scientifique disponible à ce jour ne démontre l’efficacité de Tithonia diversifolia (Hemsl.) A. Gray (Asteraceae), de Duranta erecta L. (Verbenaceae) ou de Cannabis sativa L. (Cannabaceae) dans la prévention ou le traitement de la maladie à virus Ebola. Les allégations attribuant à ces espèces des propriétés curatives contre Ebola reposent essentiellement sur des croyances populaires, des témoignages individuels et des savoirs empiriques, sans validation par des études cliniques rigoureuses. Dans le contexte d’une épidémie à forte létalité, le recours à ces pratiques peut retarder la prise en charge médicale des patients et compromettre les efforts de contrôle et d’élimination de la maladie.
Absence de preuves scientifiques et risques toxicologiques
Une étude réalisée par le Dr. Olufunmilayo Elufioye et ses collaborateurs, publiée dans la base de données de la National Library of Medicine (NIH), a mis en évidence des effets toxiques associés à l’utilisation d’extraits de Tithonia diversifolia. Les résultats ont montré une toxicité dépendante de la dose et de la durée d’exposition, affectant principalement les reins et le foie, bien que ces effets aient été réversibles dans certaines conditions expérimentales.
L’étude rapporte également qu’un extrait hydroéthanolique à 70 % des parties aériennes de la plante, qui avait précédemment démontré une activité antipaludique chez des souris infectées par Plasmodium, a provoqué des altérations rénales et hépatiques même à la plus faible dose testée. Dans ce contexte, l’utilisation de Tithonia diversifolia comme traitement contre Ebola soulève d’importantes préoccupations en matière de sécurité sanitaire. En l’absence de données scientifiques confirmant son efficacité et compte tenu des risques toxiques observés, le recours à cette plante pourrait exposer les patients à des complications supplémentaires tout en retardant leur prise en charge médicale appropriée.
Il convient toutefois de souligner que Tithonia diversifolia est une plante largement utilisée dans plusieurs pays africains pour des applications agricoles et environnementales. Grâce à sa forte production de biomasse et à sa richesse en éléments nutritifs, notamment l’azote, le phosphore et le potassium, elle est fréquemment employée comme engrais organique vert afin d’améliorer la fertilité des sols et d’accroître les rendements agricoles. Elle est également utilisée dans la lutte contre l’érosion, dans l’alimentation animale et comme plante de couverture dans certains systèmes agroécologiques. Ces usages sont relativement bien documentés dans la littérature scientifique.
Cependant, les propriétés agronomiques de Tithonia diversifolia ne sauraient être assimilées à une preuve de son efficacité thérapeutique chez l’être humain. À ce jour, aucune étude clinique rigoureuse n’a démontré que cette plante permet de prévenir ou de guérir la maladie à virus Ebola. Son utilisation comme traitement contre cette maladie repose principalement sur des croyances populaires et des témoignages empiriques plutôt que sur des données scientifiques validées. Dès lors, la promotion de cette plante comme remède contre Ebola peut constituer un risque pour la santé publique, notamment lorsqu’elle conduit les malades à retarder ou à abandonner les soins médicaux appropriés.
Rompre avec les fausses croyances pour mieux combattre Ebola
La lutte contre la maladie à virus Ebola ne peut être efficace que si les patients bénéficient d’une prise en charge médicale rapide et adaptée dans les structures de santé habilitées. Bien que les plantes médicinales occupent une place importante dans les pratiques traditionnelles et que certaines d’entre elles aient contribué au développement de médicaments modernes, leur utilisation comme traitement contre Ebola ne repose actuellement sur aucune preuve scientifique solide. La propagation de telles croyances au sein des communautés risque d’entraver les efforts de riposte, en encourageant l’automédication et en retardant le recours aux soins médicaux appropriés. Cette situation peut compromettre la détection précoce des cas, favoriser la transmission du virus et rendre plus difficile la maîtrise de l’épidémie.
Face à l’apparition des premiers symptômes tels que la fièvre, la fatigue intense, les douleurs musculaires, les vomissements ou les saignements inexpliqués, il est important de consulter immédiatement les services de santé afin de bénéficier d’un diagnostic précoce et d’une prise en charge adéquate. Les résultats obtenus depuis le début de l’épidémie montrent d’ailleurs que 7 patients ont déjà été déclarés guéris grâce aux soins médicaux et au suivi clinique mis en place par les équipes sanitaires. Ces guérisons démontrent l’importance d’une prise en charge précoce et conforme aux protocoles recommandés.
Ainsi, l’éradication de cette épidémie ne dépend pas uniquement de l’action des autorités sanitaires, mais également de l’engagement de toute la communauté. Les leaders communautaires, les responsables religieux, les médias, les organisations de la société civile et chaque citoyen ont un rôle essentiel à jouer dans la sensibilisation, la lutte contre la désinformation et l’adoption des mesures de prévention recommandées. En privilégiant les approches fondées sur les preuves scientifiques et en collaborant avec les professionnels de santé, il est possible de freiner la propagation du virus, de protéger les populations et de mettre fin à l’épidémie d’Ebola en Ituri.


