Les récentes flambées d’Ebola en Ituri rappellent que les épidémies ne sont pas uniquement des crises sanitaires. Elles sont aussi étroitement liées aux changements environnementaux, aux pressions humaines sur les écosystèmes et aux effets du changement climatique. Aujourd’hui, plusieurs chercheurs et experts en santé publique alertent sur le fait que le dérèglement climatique favorise progressivement l’émergence et la propagation des zoonoses, ces maladies transmissibles de l’animal à l’être humain, comme Ebola.

Le 15 mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé une nouvelle épidémie causée par le virus Bundibugyo en Province de l’Ituri en République démocratique du Congo (RDC). Face à l’augmentation rapide des cas, l’OMS a déclaré une urgence de santé publique internationale dès le lendemain. Quelques jours plus tard, la maladie franchissait déjà les frontières congolaises avec des cas confirmés en Ouganda. Selon le ministre congolais de la Santé publique, Samuel Roger Kamba, l’épidémie comptait déjà 350 cas et 91 décès en quelques jours seulement.

Cette situation relance les inquiétudes sur les causes profondes de la multiplication des épidémies dans les régions forestières d’Afrique centrale.

La destruction des écosystèmes favorise les contacts entre animaux et humains

La déforestation et le changement climatique augmentent les risques d’émergence des maladies à virus Ebola. Selon le rapport de Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), Preventing the Next Pandemic,  la destruction des forêts pousse certains animaux sauvages, notamment les chauves-souris considérées comme des réservoirs naturels du virus Ebola, à se rapprocher des zones habitées à la recherche de nourriture. Cette proximité favorise les transmissions entre l’animal et l’humain.

Le rapport indique que près de 75 % des maladies infectieuses émergentes proviennent des animaux.

Dans la province de l’Ituri, l’exploitation minière, la coupe des forêts et les perturbations climatiques créent ainsi des conditions favorables à l’apparition de nouvelles épidémies.

Une étude publiée dans la revue scientifique Nature indique que la déforestation, la perte de biodiversité et les perturbations environnementales augmentent les risques de transmission des virus des animaux vers les humains, un phénomène appelé « spillover ».

Cette proximité croissante entre les humains et les animaux sauvages constitue aujourd’hui l’un des principaux facteurs favorisant l’émergence de nouvelles maladies infectieuses, comme Ebola Bundibugyo.

Le changement climatique fragilise la biodiversité

Les experts soulignent également que le dérèglement climatique provoque une baisse importante de la biodiversité. Or, dans les écosystèmes naturels, la diversité des espèces joue un rôle de barrière biologique contre la propagation des maladies, car dans un foret riche en biodiversité, les virus rencontrent plusieurs espèces qui ne transmettent pas facilement les agents pathogènes aux humains, comme certain primate non porteur du virus qui participe à l’équilibre des chaînes alimentaires et limitent la domination des espèces réservoirs de virus.

Les facteurs sociaux aggravent aussi les risques épidémiques

Les recherches scientifiques montrent que les épidémies de Ebola sont fortement influencées par des facteurs sociaux et environnementaux. Les déplacements de populations, les conflits armés, l’insécurité, l’exploitation minière et la forte mobilité des habitants dans certaines régions favorisent la propagation rapide des zoonoses comme Ebola.

Dans des provinces fragilisées par les conflits, comme l’Ituri, l’accès limité aux soins de santé, les mouvements des communautés et la méfiance envers les autorités sanitaires compliquent souvent les interventions médicales et retardent les alertes précoces.

Le Preventing the Next Pandemic, du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) souligne également que les régions touchées par la déforestation, les perturbations climatiques et les crises humanitaires présentent un risque plus élevé d’apparition de maladies émergentes.

« Les changements dans l’utilisation des terres, l’exploitation des ressources naturelles et les déplacements humains augmentent les contacts entre les humains, les animaux et les agents pathogènes. » — PNUE, Preventing the Next Pandemic.

Une souche d’Ebola sans vaccin

Contrairement à la souche Zaïre du virus Ebola, pour laquelle des vaccins existent déjà, la souche Bundibugyo ne dispose actuellement ni de vaccin homologué ni de traitement spécifique largement accessible.

Cette réalité rend la prévention encore plus importante. Dans ce contexte, la surveillance communautaire, la sensibilisation des populations, l’alerte rapide et la protection de l’environnement deviennent des outils essentiels pour limiter la propagation de la maladie.

Les communautés locales ont donc un rôle central à jouer. Détecter rapidement les cas suspects, signaler les décès inhabituels et éviter les contacts à risque peuvent sauver des vies et empêcher la propagation du virus dans les villages et les centres urbains.

Protéger l’environnement pour prévenir les futures pandémies

La multiplication des épidémies comme Ebola montre que la santé humaine est étroitement liée à la santé des écosystèmes. La lutte contre les pandémies ne peut pas se limiter aux hôpitaux et aux centres de traitement. Elle passe aussi par la protection des forêts, la préservation de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique.

Préserver les écosystèmes naturels, limiter la déforestation et promouvoir une gestion durable des ressources naturelles sont aujourd’hui des enjeux majeurs de santé publique.

Dans des régions vulnérables comme l’Ituri, protéger l’environnement revient aussi à protéger les communautés contre les futures crises sanitaires.